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Ma Démarche

Le point de départ de mon travail fut tout d’abord mes expériences professionnelles. J’ai fait divers petits métiers dont celui de manœuvre. Sur les chantiers, je me suis intéressé au ferraillage, au coffrage et au coulage du béton. Cette structure dessinée du ferraillage, le coffrage qui l’enfermait, ainsi que le béton qui y prenait forme en brut de décoffrage me subjuguait. J’ai interrogé ces techniques durant mes études pour finalement ne garder que la structure. Depuis, le dessin est une constante dans mon travail de sculpteur.

Au début, il s’agissait d’étudier une mécanique en la démontant. Ensuite je construisais des armatures et confectionnais des écrins, ainsi que des prothèses et des cages qui y ont pris place. Je montre avec une certaine jubilation toutes les étapes de mon travail, formé par le trait en fer de mon dessin en trois dimensions. C’est un dessin de sculpture transparente si je puis dire. Les Objets maquettes, les Objets à mobilité réduite, les Archicages, les Tondi ont développé un travail à double visage. Dans le genre tragicomique, situé entre le jouet et l’instrument de torture, la performance et la sculpture, l’image et le dessin. C’est à partir de ce moment que j’ai fonctionné malgré tout par série. Cela me permet de tirer le fil d’une idée jusqu’au possible épuisement de la forme. Je travaille sur plusieurs séries : sculptures, objets, dessins, collages, images en les déclinant. J’aime interroger plusieurs formes et voir où cela me mène. Certaines pistes méritent d’être suivies plus longuement.

Au sein d’une série, chaque pièce développe son point de vue propre autour d’un thème que toutes partages. Elles se construisent ainsi comme une suite de singuliers qui évoluent dans le temps. Une série comme les objets à mobilité réduite issue d’un improbable cabinet de curiosité se nourrit d’objets existants dans le réel. Certaines pièces antérieures constituent son énergie et avancent en parallèle. L’avancée des séries n’est pas linéaire, elles varient au grès de mes projets et de mes envies. L’apprentissage et l’acquisition des savoir faire sont très importants. Le fait de travailler dans la durée me permet d’affiner mes réalisations. La série est un moyen très adapté pour se poser les questions : du style, de la manière et de la personnalité.

J’ai besoin de réaliser mes pièces moi-même sans avoir recours au Ready made et selon une économie de moyen. Le « do it yourself » est pour moi la capacité de travailler à ma mesure, avec des contingences matérielles, financières, physiques tout en le remettant en cause pour repousser mes propres limites. Mes objets ne sont pas une appropriation du tout prêt, mais une copie dévoyée du réel. Certains objets sont produis dans un format réduit. L’échelle est celle d’un volume qui tient sur un bureau. Ces objets sont en écho à des réalisations de designers. Je détourne leur représentation en retirant ou en rajoutant des éléments structurants qui modifient la forme. Certains sont conçus en série, d’autres s’assemblent comme un accouplement. Ce sont des objets tronqués, amputés auxquels je rajoute des éléments qui travestissent la forme. Cette petite fabrique intime m’impose l’invention de petites procédures. Il s’agit de produire une pléthore d’objets comme l’on fait de multiples croquis avant de trouver l’idée maitresse, celle qui me fait cheminer dans la bonne direction.

Le décoratif

C’est un élément assumé dans mes productions, notamment dans les Tondi. Il me permet de concevoir un décalage, une singularité qui détermine l’ornement de la pièce. Les Tondi sont des dessins en cernes forts qui s’ajustent et cloisonnent l’espace. L’encadrement agence les bordures du Tondo. Le cadre est constitué de formes baroques qui évoluent en périphérie. Les rythmes des lignes, les sinuosités s’agencent pour former une résille. Les motifs ondoient suivant des axes déterminés. L’accumulation et l’assemblage des motifs révèlent un graphisme qui se répand jusqu’aux limites de la forme. Les motifs m’offrent la possibilité de détourer tout en remodelant, d’entrer en profondeur dans une bidimensionalité à géométrie variable. Etre dans la capacité de percevoir le devant de l’arrière, l’envers de l’endroit, le contenant de contenu, les limites et ses contours, et ainsi y inscrire une nouvelle morphologie. Ces motifs, installent des signes topiques à mi-chemin entre structure armée et réseaux capillaires. Ils oscillent entre figuration et abstraction. C’est le kaléidoscope d’une mécanique érotisée aux rouages figés.

La couleur

Elle tient une place importante dans mon travail. Elle met en place une physionomie sur chacun de mes travaux. Elle est traitée non pas dans la masse mais en recouvrement, comme une peau. Elle habille les pièces et met en conformité chaque objet. Elle peut être : bariolée, bicolore, mat, rehaussée, irisée, pailletée.

Le couper à vif

C’est le tandem « sculpture-dessin » qui réapparait dans mes collages et images. Ces incisions mettent en place de nouvelles ébauches. Les prélèvements sont pratiqués sur des images publicitaires que je détourne. Certains éléments sont choisis pour y être redessinés au scalpel. Cette situation graphique se fond dans la scène ou parasite l’image qui produit un nouveau scénario.

Les dessins au stylo à bille

Ce sont des écheveaux colorés qui produisent un modelé à deux dimensions. Les traits incisifs de quatre couleurs (bleu, vert, rouge, noir) se mêlent entre eux pour révéler le graphisme. Ce type de dessin me renvoie à ma sculpture, qui est faite de fils. Elle produit un faisceau et devient forme.