Autour de ma démarche

Florence Morali

Si l'objet s'emploie dans toute société à spiritualiser la matière, à faire ressurgir de cette matière l'esprit dont elle est pleine, les installations d'objets d'Alain Pontarelli revisitent une réalité sociale de laquelle la créativité émerge...En ce sens, au départ, les objets sont remémoration d'un contexte, à partir duquel le travail s'est accompli. Si pour certains ils sont réminiscence d'un travail industriel, trace de la mémoire collective des Chantiers Navals, très vite ils deviendront objets d'échange symbolique.
Le don de la vie qui opère toujours et partout un renouvellement des lieux de référence fait très rapidement advenir un touchant rituel: objets maquettes, machines de guerres, mécaniques ludiques, autant de dispositifs qui parodient le monde.
Lorsqu' Alain Pontarelli, à travers ses Archicages, croit poser la question de l'enfermement (quoi contient quoi?) ou agir sur "l'habiter", c'est sur lui-même qu'il fait irruption, se libérant peu à peu de son héritage/transmission pour donner libre cours à son altérité.
Dans ce réel écart qui petit à petit laisse surgir des touches singulières, des manières de faire qui renvoient au féminin, à une délicatesse qui donne au temps nécessaire à cet accomplissement l'expression d'une radicalité.
Telle une dentellière il réinvestie l'ouvrage dit de "dames" en refigurant un univers qui s'énonce alors de façon presque paradoxale: pendant que les actrices du " tissu social" déclinent toutes formes de féminités, il réhabilite la durée et valorise par la même notre par manquante.
De l'univers des chantiers au dessein de dentelle, il ne s'agit pas d'un inventaire des objets qui environnent Pontarelli mais bien plutôt d'une trajectoire qui prend en compte l'espace où les multiples points de rencontre entre soi et un univers imaginaire, nourri par le réel, prennent forme.

Article posté le : 4/5/2014
Par Florence Morali, sociologue membre de la S.A.C.D et enseignante à l'Esarts Tpm