Autour de ma démarche

Ma Villa à Mogadiscio

Ma villa à Mogadiscio est une exposition monographique consacrées aux oeuvres les plus récentes du sculpteur Alain Pontarelli.
Afin de saisir tout le paradoxe du titre de l'exposition, un petit voyage par Mogadiscio s'impose; Mogadiscio, ville portuaire de Somalie située en bordure de l'Océan Indien, non loin de Somaliland, entre "No man's land" et "Disneyland"...
De cette ville, le sculpteur garde la couleur locale d'un exotisme tribal balotté par les remous d'une politique mafieuse basée sur le profit qui conduit les uns au crime, les autres à la survie dans un extrême dénument: économie de moyens et équilibre précaire croisent le fer avec ostentation et folie des crandeurs sur (détournement de) fond de grisaille morale.C'est avec toute la distance de la dérision qu' Alain Pontarelli y installe sa "villa" le temps d'une exposition; une villa, vestige de la grandeur Romaine d'antant; une villa réduite, au 20ème siècle, à une miniature qui s'ignore, maquette grandiloquante (encore un paradoxe) qui signe le goût d'anciennes civilisations et transpire la fièvre de l'appropriation. Posséder un objet, un territoire devient une fin en soit et s'inscrit dans nos habitudes comme un diktat.

La série des objets-maquettes d'Alain Pontarelli, sorte de civilisation sur la "pièce montée", douceur officille des célébrations, nous remémore de façon détournée les utopies de grandeurs matérialisées dans le symbole de la Tour; Tour de babel, de San Giminiano, de Pise ou du Wall Trade Center, toutes rêvées  pour s'élever au plus près des cieux (des dieux?) et montrer sa puissance. Risque mageur d'une telle entreprise?: la chute...

Le sculpteur dessine dans l'espace des architectures aux allures de cages (il parle de non architectures) entaille dans le métale, comme d'autres dans le papier, les silhouettes dégingandées. Contours acérés, dangereux escaliers-serpentins, dissymétrie, des niveaux jouent avec les vides "des réseaux à claire-voie", (termes employés par l'artiste) pour interroger notre rapport au bâti et à ses normes. Pour le sculpteur, "le volume provoque par le truchement de sa construction un espace intime mais désespérément vide. Un espace creux, une solitude de l'édifice miniaturisé, un abandon du lieux". Le fer à béton, comme matériau "commun et suranné" que le sculpteur détourne de son chantier originel, participe pour une large part à ses interrogations: frêle squelette, cousin du fer forgé (qui lui a choisi la voie de l'ornementation comme mode d'expression), mis à nu, renforce l'absurdité d'un édifice qui jamais ne sera habité.
Alain Pontarelli n'hésite pas à soumettre le matériau à l'épreuve de la couleur: le gris dit l'ennui de la solitude, simule la brutalité d'un béton non traité, armé; le rose en contrepoint distille par petite touches le délicat parfun des fresques Renaissantes et délivre in fine sa note d'espoir. Loin de masquer le discours, la couleur l'authentifie et le renforce dans sa mise en question des codes socioculturels.
Car loin de se satisfaire d'un métier qui épuiserait un procédé, Alain Pontarelli conçoit son travail comme le moyen d'engendrer dit-il, "des lisibilités liées à la mémoire, à l'absurde, au dérisoir, au tragie-comique, qui impliquent des déséquilibres et des tâtonnements, ainsi que des contradictions. Cela m'octroie le droit, conclue-t-il, non pas de trouver mais continuellement pousser les recherches."

Article posté le : 4/5/2014
Par Virginie Chiaberge, professeur d'arts plastiques chargée de missions Arts et cultures. E.S.P.A.C.E Peiresc et départementaux du Var